La crise en Iran, quelques éléments de réponse

Posté le 2 juillet 2009 – 14:27 | par Simpldespry |

Vue sur Téhéran

De nos jours, parler de l’Iran vire de suite, soit vers les règlement de compte, soit vers l’éloge et la flatterie.

Personne ne sait vraiment ce qui se passe là-bas et chacun fait des événements la lecture qui arrange ses propres intérêts.. Il faut dire que l’embargo médiatique imposé par les autorités iraniennes n’arrange pas les choses.

Cet article rassemble un ensemble de constatations et de réflexions personnelles qui pourront éclairer la lanterne vers un débat impartial plus profond autour du sujet.

Préambule..

Je ne suis pas un expert de la politique persane, très particulière en son genre.. Je n’apprécie particulièrement pas les manières peu diplomatiques d’Ahmadi Najad même si je respecte ses choix politiques.. Je m’oppose farouchement au Chiisme qui, selon mes convictions religieuses, frôle quelques fois l’hérésie..

En revanche, j’admire le peuple Iranien qui a su se construire et s’imposer sur le devant de la scène internationale, 30 ans lui ont été suffisants pour lancer son propre satellite et produire de l’énergie nucléaire, tous deux faits maison.. Par ailleurs, l’Iran exerce actuellement une hégémonie géopolitique incontestable sur la région, il ne peut citer le Liban, la Syrie, Le golfe, l’Irak ou l’Afghanistan sans citer d’une façon ou d’une autres l’État persan.

Il en découle que la stabilité de ce pays est garante de la stabilité de tout l’édifice qui s’effondrerait comme un château de cartes si l’Iran venait de subir un séisme très secouant, chose que j’estime trop improbable pour le moment.

Crise de régime?

L’Iran est gouverné d’une manière unique au monde, ce n’est pas un péché en somme, mais l’unicité de ce système théocratique le rend assez incompréhensible pour le profane et, de ce pas, source de craintes de surcroit lorsqu’il est lié aux mots magiques : Islam et révolution.

Les iraniens ont voté massivement, pour moi, c’est d’abord un signe de grande maturité politique mais surtout de confiance en le système. L’Iran rappelant-le n’a jamais fait partie du club des faussaires traditionnels de résultats des scrutins.

En outre, Les quatre candidats aux élections présidentielles iraniennes sont tous des « fils » de la révolution islamique et ne cachent pas leur adhérence complète à ses fondements et à son guide le Mawla Ayatollah Ali Hoseini-KHAMENEI.

Donc, « visiblement », la crise n’est pas avec le régime lui même et au fond elle ne l’est pas a cause de la victoire de Najad car j’estime, de ma part, et c’est l’avis de beaucoup d’observateurs objectifs, que les élections présidentielles iraniennes ne sont pas truquées et que le victoire d’Ahmadi Najad ne fait aucun doute. Plusieurs sondages l’ont prédits. Mosawi & Co ont, certes, recueilli les voix des citadins, mais Najad, lui, a fait des ravages dans le milieu rural. Toutes les irrégularités signalées sont mineures et ne pourront en aucun cas faire basculer les résultats rendus officiels.

D’après ma lecture personnelle des événements, je dirais que l’Iran est victime des non-dits..

En effet, il y aurait d’une part des jeunes manifestants  qui souhaitent plus de liberté et plus d’ouverture sur l’occident mais ne trouve aucun politicien pour endosser leur revendications et, d’autre part, des élites politiques qui veulent un nouveau partage des pouvoirs et des prérogatives, soit pour consolider l’emprise théocratique, soit pour soutenir les intérêts de la nouvelle bourgeoisie montante mais le deuxième cas, on a du mal à le revendiquer publiquement.

Donc, crise de régime, oui.. mais elle est mal formulée encore moins avouée.

Conspiration étrangère ?

Personne n’est assez dupe pour croire un seul instant que les dirigeants occidentaux se préoccupent du sort des jeunes iraniens réprimés dans les rue de Téhéran.. Pourquoi n’ont il pas versé les même larmes pour le peuple de Gaza qui a subit infiniment pire que cela et qui continue de subir?

Personne n’est assez naïf pour croire que les officiels occidentaux se soucient de la démocratie en Iran, ne soutiennent-ils pas des chefs  d’États arabes élus et réélus à 95% et plus? Ne savent-ils pas que la démocratie c’est d’abord le respect des institutions et des lois? Comment ont-ils pu décréter la falsification des résultats avant leur publication officielle même?

L’ingérence occidentale dans les affaires internes iraniennes en vue de déstabiliser son régime est aussi vielle qu’évidente. C’est un exercice que les services secrets occidentaux affectionnent et ils ont fait leurs preuves partout dans le monde : en Amérique du sud, en Afrique, Europe de l’Est, Asie,…

Même Obama qui, jusqu’à maintenant, s’est voulu être neutre n’a pas résisté aux pressions le poussant à condamner ce qui sa fait en Iran.

Par conséquent, je dis oui pour la conspiration étrangère, mais elle n’est que le résultat de l’affaiblissement de l’immunité interne.

En guise de conclusion..

Je crois que la régime de la Révolution Islamique subit en se moment une évolution naturelle qui n’a que trop tardé depuis deux générations déjà.

Il est temps pour les Iraniens d’admettre leur problèmes en les formulant d’une façon claire et dénuée de toute hypocrisie politique et d’essayer, ensuite, ensemble de leurs trouver issue convenable, sans cela, les conséquences seront désastreuses non seulement pour l’Iran mais pour toute la zone.

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  1. 5 Réponses à “La crise en Iran, quelques éléments de réponse”

  2. Par PHILCO le 6 juil 2009 | Répondre

    Tu affirmes : « Personne ne sait vraiment ce qui se passe là-bas et chacun fait des événements la lecture qui arrange ses propres intérêts »
    Puis :
    « et c’est l’avis de beaucoup d’observateurs objectifs, que les élections présidentielles iraniennes ne sont pas truquées et que le victoire d’Ahmadi Najad ne fait aucun doute. » et, plus loin : « Toutes les irrégularités signalées sont mineures et ne pourront en aucun cas faire basculer les résultats rendus officiels. »
    Affirmer que les résultats ne sont pas truquées « arrangerait donc tes intérêts » (idéologiques, évidemment) ?

    « Les iraniens ont voté massivement, pour moi, c’est d’abord un signe de grande maturité politique mais surtout de confiance en le système »
    A la condition qu’il s’agisse d’une vraie consultation libre ce que tu reconnais ne pas pouvoir affirmer… Moi, par contre, j’affirme que si il y a liberté, elle est retreinte au choix de société islamique IMPOSEE de façon non démocratique par les théocrates. Peut-on parler de démocratie lorsque « Les quatre candidats aux élections présidentielles iraniennes sont tous des « fils» de la révolution islamique et ne cachent pas leur adhérence complète à ses fondements et à son guide le Mawla Ayatollah Ali Hoseini-KHAMENEI. » comme tu le dis si bien ?

    « L’ingérence occidentale dans les affaires internes iraniennes en vue de déstabiliser son régime est aussi vielle qu’évidente. »
    Et comment peux-tu être aussi affirmatif compte tenu de « l’embargo médiatique imposé par les autorités iraniennes» dont tu parles ? L’ennemi extérieur a toujours été le leitmotiv des dictatures en difficulté. Mais aucune preuve n’est évidemment apportée à ces affirmations.

    « Même Obama qui, jusqu’à maintenant, s’est voulu être neutre n’a pas résisté aux pressions le poussant à condamner ce qui sa fait en Iran. »
    Comme n’importe quel défenseur de la liberté d’expression démocratique qu’il est aussi.

    « Il est temps pour les Iraniens d’admettre leur problèmes en les formulant d’une façon claire et dénuée de toute hypocrisie politique et d’essayer, ensuite, ensemble de leurs trouver issue convenable, sans cela, les conséquences seront désastreuses non seulement pour l’Iran mais pour toute la zone. »
    Là, tu as raison. Sauf que je suis persuadé que cette dictature théocratique ne permettra jamais sa remise en question que forcée par la rue et finira par s’effondrer comme les dictatures communistes se sont effondrées… et pour les mêmes raisons. Si elles ont des idéologies radicalement différentes, leur mode de fonctionnement est exactement le même. Seul l’instrument de domination change : l’idéologie communiste d’un côté, l’islamisme de l’autre imposés comme Vérité proclamée indépassable pour le Bien du Peuple. Ce Bien est défini comme un Bien absolu et définitif. Avec un tel fondement, toute contestation est considérée comme impossible (comment contester le Bien absolu ?), donc ne peut être que le fait de manipulation étrangère. Elle est éradicable par tous les moyens puisque mettant en danger le fondement de la société. La boucle est bouclée : on peut réprimer sans remords puisqu’il s’agit du Bien du Peuple. Sauf que l’on interdit au Peuple de se prononcer sur ce que l’on appelle « son Bien »…

  3. Par Simpldespry le 6 juil 2009 | Répondre

    @ Philco
    Oui, il va de soit que moi aussi j’ai fait la lecture qui me semble correcte et toujours selon mes propres constatation, déductions et suppositions
    Je dis que personne ne sait vraiment ce qui se passe en Iran car si l’on met les arguments de chacun cote à cote ça ne tient pas debout :
    - Pas de trucage / manifestations massives de protestation
    - Trucage / système d’élection assez transparent, résultats conformes aux pronostiques, aveux d’observateurs indépendants,…
    - Crise de régime / « fils » de la révolution
    - Fils de la révolution / refus d’obéir au Mawla
    - etc…
    Et comme j’ai dit, je crois que la crise est mal définit car elle est mal avouée et comme vous dites « cette dictature théocratique ne permettra jamais sa remise en question que forcée par la rue et finira par s’effondrer comme les dictatures communistes se sont effondrées… » c’est peut être vrai mais c’est au peuple iranien de le dire!!! Sauf que pour le moment, on focalise sur le trucage des élections : faut combat sur toute la ligne!
    Pour ce qui est de l’ingérence étrangère en vue de déstabiliser le régime iranien :
    AVANT la crise :
    1- Le célèbre plan Bush de « révolution passive » en Iran : http://www.cnn.com/2003/WORLD/meast/05/25/iran.us/
    2- Lorsque Natanyahu et sa prédécesseur disent : « l’Iran en premier » ce n’est pas que parole en l’air
    3- Sans parler des pays du golfe qui ont une vielle rancune envers la révolution islamique

    Ensuite, LORS de la crise:
    1- Manipulation de l’information :http://www.marhba.com/forums/actualites-3/bbc-manipule-photos-manifestations-post-election-en-iran-42379.html
    http://whatreallyhappened.com/
    2- Manipulation de Twitter : http://www.releaseiran.com/2009/06/24/israeli-effort-to-destabilize-iran-via-twitter-iranelection/

    Néanmoins, et comme je l’ai déjà précisé, l’ingérence étrangère n’est efficace que si l’intérieur est en état fébrile

  4. Par PHILCO le 7 juil 2009 | Répondre

    Rien, dans les liens que vous rapportez, n’atteste d’une ingérence intérieure à l’Iran ! Le lien sur CNN ne parle que d’une manipulation diplomatique, comme ce fut le cas dans l’affaire irakienne avec les accusations de collusion avec Al Qaida ou les ADM. Il est impossible de manipuler des foules comme les manifestations en Iran de l’extérieur. On ne peut qu’instrumentaliser des organisations existantes comme des syndicats (par la CIA au Chili par exemple), des éléments de l’armée (putsch de généraux soutenus par une puissance extérieure), des partis (partis communistes en Europe alignés sur Moscou) etc… Je ne connais aucun exemple de manipulation conduisant à des manifestations populaires de masse comme celles que l’on a vues en Iran. Dans cette affaire, la seule manipulation possible aurait été celle de Moussavi, qui est, faut-il le rappeler, issu du sérail ayant été premier ministre sous Khamenei. Je vous rappelle que Rafsanjani lui-même soutenait les manifestations. Etait-il manipulé ?
    L’expérience iranienne prouve tout simplement qu’il n’est pas viable d’imposer à un pays une idéologie aussi rigide que l’islamisme par la force. Cet échec sera le même que celui qui sanctionna le communisme. Dès qu’un Etat se mêle de régenter tous les domaines de la vie publique, économique et privée, nous avons une dictature. Cela vaut pour des modèles religieux comme laiques. L’Iran est incapable d’assurer à sa population le bien être et la liberté auxquelles aspirent tous les peuples. Le pays, comme toute économie fortement étatisée, connaît un état économique déplorable. Producteur de pétrole il importe sa propre essence, à une hauteur estimée de 40%, n’étant pas capable de le raffiner. Je vous laisse imaginer le problème que poserait cette dépendance en cas de conflit par exemple…
    Pour ce qui est du trucage des élections, le régime lui-même l’a reconnu. Au-delà de ce qui a été reconnu, voici un article sur Contreinfo qui mérite d’être lu : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2769
    Ou bien : http://www.laviedesidees.fr/Iran-le-dessous-des-cartes.html#q2
    Qu’il y ait eu fraude est certain. Est-ce que cette fraude a été décisive dans le résultat final, c’est là que l’on ne peut être affirmatif. De toutes façons, ce régime est condamné à terme. Espérons que son renversement se produira par un effondrement intérieur, sans bain de sang, comme cela s’est passé pour le communisme.

  5. Par Simpldespry le 7 juil 2009 | Répondre

    @ Philco
    Tous les articles parus traitants de la crise iranienne parlent au conditionnel et emploi souvent des mots comme : probable, vraisemblable, incertain, indices, hypothèse…
    Personne n’est sûr de ce qu’il avance!!

    Pour ce qui est des réelles et profondes raisons des émeutes, et loin des résultats électoraux qui ne sont que la goute qui a renversé le bol, seul le peuple iranien doit les définir et d’y faire face. Malheureusement et comme je l’ai dit dans l’article, il y a conflits d’intérêts parmi le camp des protestataires : l’élite politique veut le changement pour garantir les droits de la nouvelle bourgeoisie iranienne mais n’ose pas le dire franchement tandis que le part du peuple qui manifeste veut plus de liberté et ne trouve aucun leader politique capable de faire face au régime, dont personne ne veut affronter ouvertement pour le moment… Bref, et comme le dit le proverbe arabe : اياك أعني و اسمعي يا جارة
    Traduction : c’est à toi que je m’adresse (ma femme) et écoute bien ma voisine (se dit de quelqu’un qui ne peut affronter une personne en face et qui préfère lui faire écouter ce qu’il veut indirectement via une autre)

  6. Par mamalilou le 12 juil 2009 | Répondre

    je valide ta conclusion!
    il est plus que temps
    et pardon pour les soucis d’ergonomie rencontrés, il n’est pas facile de faire les choix de design qui permettent de consensus positifs pour chacun…
    belle soirée à toi et aux tiens
    que le soleil soit au rendez-vous, et dans les coeurs aussi…

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